Croquis – Un après-midi au musée

photo expo Kahlo Rivera

L’exposition Frida Kahlo Diego Rivera L’art en Fusion au musée de l’orangerie à Paris

« Ils ne sont pas très doués pour les natures mortes quand même, hein Jacqueline ? « . 1,50 mètre, long manteau en laine rouge, cheveux choucroutés tirant sur le violet et petit sac en cuir pendant au creux du coude, Jacqueline écoute sans rien dire. Elle lève les yeux vers son mari, regarde la toile, puis jette un nouveau coup d’oeil vers son mari. Son regard perplexe finit par s’échouer mollement sur la grappe de fruits colorés peints devant elle. Elle n’a aucun avis Jacqueline. Elle est là c’est tout.

C’est le deuxième jour d’ouverture au musée de l’Orangerie pour l’exposition « Frida Khalo, Diego Rivera l’art en fusion » et il faut en être. Ce jeudi, quelques étudiants et des fans de l’icône de la peinture mexicaine ont pris leur après midi pour voir ça. La première exposition des œuvres de Khalo en France depuis plus de 15 ans, ça valait bien le déplacement. Mais la salle est avant tout remplie par de troupeaux de soixante ans et plus. Des vieux mais pas n’importe lesquels. Des beaux vieux, bien habillés, fringants avec leurs foulards autour du cou, leurs grosses lunettes en écailles et leurs belles mises en pli. Des vieux qui aiment l’histoire de l’art, qui s’intéressent. Et puis il y a Jacqueline et son mari. « C’est des figues de barbaries ça. Tu as vu ? Ah bah c’est sûr ils mangent que ça là-bas ». Elle acquiesce d’un hochement de tête. Le couple trottine doucement vers la toile suivante, l’un derrière l’autre, en une longue et lente file indienne de deux personnes. Son mari, presque deux fois plus haut qu’elle, crâne chauve tacheté, dos voûté et vêtu de beige des pieds à la tête poursuit ses explications.

Cette fois il est passé aux croquis de Rivera. « Ah bah comment ça tu ne vois rien ? Attends je vais te lire. » Inutile. Dans un élan d’énergie retrouvée, comme pour dire je ne suis pas venue ici pour rien, Jacqueline s’approche des toiles. Le nez et les lunettes sont à quinze centimètres à peine des coups de crayons du muraliste mexicain. Cinq, dix, quinze secondes s’écoulent, les plus longues de l’histoire de l’analyse des tableaux de Rivera. Bouche semi-ouverte, son mari est suspendu aux lèvres de sa femme. « Ah oui c’est bien colorié quand même » dit Jacqueline d’un trait. « C’est qui déjà ? ». Ca valait le coup d’attendre.

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