Croquis – Au restaurant italien

Salle-La-Scala - restaurant Italien

Ciccio derrière son comptoir du restaurant la Scala, Boulevard Bonne Nouvelle, Paris

« Vous n’avez pas réservé, les filles ? Je peux vous installer là bas dans le fond, le reste c’est plein pour ce soir, va bene ? » A les entendre rouler leurs « r » et chanter leurs questions, les patrons et le jeune serveur du restaurant La Scala, sont des vrais. Un brun trapu et au ventre bien rond, Ciccio, notre serveur comme l’a appelé la patronne adossée au bar , revient prendre notre commande. Sourire discret mais présent, le ton est sérieux mais aimable, un Lino Ventura gominé dans une chemise noire ajustée et un pantalon droit. « Allora deux linguine ai porri, asparaghi et prosciutto, un mezze-penne alla norma et un pichet de vino della casa, molto bene. » Même pas le temps de reposer les yeux sur les serviettes rouges qu’il revient déjà avec le vin, la corbeille de pain maison et le parmesan. La machine est en route.

Ciccio marche vite, les cartes d’une main, son bloc et son crayon de l’autre. « Buona sera », il installe les clients, prend les commandes, conseille le plat du jour. « Les spaghetti ai frutti di mare ? Très bon choix. Oui tout est fait maison, Signora. » La salle est pleine et les rangées étroites. Il se faufile par petits pas latéraux pour amener les plats et repart en grandes foulées dans l’allée centrale vers la cuisine.

En salle ce soir, ils sont deux et s’interpellent à voix haute mais, chacun son territoire. Soudain, Ciccio prend son jeune collègue à part et le recadre, en italien. Le ton monte. « Ma che cazzo stai facendo ? » (mais putain qu’est-ce que tu fous?). L’autre est blême et se referme comme une palourde. Pourquoi n’a-t-il pas encore débarrassé la table 3, il ne sait pas, il y a du monde, il fait de son mieux. Le jeune retourne en cuisine, on ne le reverra plus pendant un quart d’heure. Cette altercation personne ne l’a vue ni entendue. Omertà. La salle continue de manger dans le brouhaha général ponctué de « va tutto bene ? » et de « arrivo subito ». Ciccio poursuit ses allées et venues. Il nettoie la table des anglais, empile les assiettes, met les couverts par dessus et retraverse la salle, imperturbable.

Puis un des clients de la table derrière l’appelle. Cheveux frisés grisonnant, visage frip, un client en t-shirt blanc s’est levé pour lui parler. « Mais si je t’en ai parlé déjà. 45m2, 3 chambres, rue de l’échiquier au 5ème avec ascenseur, Ciccio tu le veux ? Parce que si tu le veux, il est à toi hein ? » Ciccio acquiesce tout en continuant de débarrasser la table d’à côté. Il ira le visiter demain dans l’après midi. Une parole d’homme, une tape dans la main une accolade franche. L’affaire est réglée. A l’italienne.

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