Croquis – En terrasse

Café-pointe-sainte-eustache

La terrasse du café La Pointe Sainte Eustache rue Montorgueil à Paris

« Faut vraiment que je me concentre pour tout terminer avec le vernissage dans 10 jours.

– ah oui ? Moi suis allée au BHV acheter des coussins.

– Tu sais tout ce que je fais là, ce sont des choses que je ne fais pas à la maison, et du coup je ne dessine pas. C’est un vrai problème.

Assis face à face, à la terrasse du Café Pointe St-Eustache de la rue Montorgueil, ils se parlent mais ne s’écoutent pas. Elle, quinqua pimpante, fleur rouge à la boutonnière de sa veste cintrée et écharpe imprimé africain, a débarqué de province, enfin Provins mais c’est presque pareil, en début de semaine. C’est tellement bien de revenir à Paris, mais pour quelques jours seulement, après elle ne supporte plus. Tous les vendredis c’est marché avec son mari. C’est bien le marché. Que des petits producteurs, des produits hyper frais, qu’on ne trouve pas ici. C’est vraiment une bouffée d’air, il ne s’en rend pas compte. Lui, ne pourrait pas absolument pas quitter la capitale. En ce moment il travaille dans la petite galerie au coin de la rue vieille du Temple « Tu sais, celle qui est tenue par la fille un peu ronde là ». Un gros projet. Il a emmené son Macbook Pro pour lui montrer les grandes lignes. Il l’a posé là, sur la chaise. Ca lui fait plaisir de la voir, ça faisait tellement longtemps. Oui il faut qu’il vienne la voir à Provins mais là il est trop stressé avec le vernissage, alors il ne mange qu’une tomate-mozza, « C’est tout ce que je peux avaler en ce moment ». L’assiette arrive et est aussitôt engloutie. Il essuie les restes d’huile d’olive de ses moustaches en crocs, regarde à travers ses grosses lunettes si sa chemise en jean col mao n’est pas tachée et sort une cigarette de son étui métallique Marlboro vintage. Un clochard chancelant au bonnet usé et à la barbe fournie avance dans leur direction. Visage rougeaud et boursouflé par l’alcool, il bafouille un « vous n’auriez pas 50 centimes s’il vous plaît, j’ai faim ». Indifférence totale, il repart. « Oui, il faut vraiment que tu viennes nous voir à Provins, je connais un resto magnifique ».

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